Comment obtenir un bon mortier

Page mise à jour le 27/11/2011

Un bon mortier s'obtient :

Quelques conseils également, en fin de page...

L'extinction de la chaux vive...

Quelques aspects de l'application du mortier pour un enduit.

A propos du chanvre...

Mortier limousinerie, voir cette page.


1) Obtenir un sable équilibré :

Un bon sable est un gage de réussite d'un bel enduit à la chaux, qui doit être cohérent mécaniquement, avoir une bonne adhérence, ne pas faïencer (fissurations), et être économe en liant (la chaux).

Les types de sables

Ils peuvent être classés en 5 catégories :

La granulométrie

Ce tableau est issu de la norme DIN 4022 :

     

Diamètres (mm)

  pierres pierres > 63
  cailloutis cailloutis grossier 20 à 63
cailloutis moyen 6,3 à 20
cailloutis fin 2,0 à 6,3
  sables sable grossier 0,63 à 2,0
sable moyen 0,2 à 0,63
sable fin 0,063 à 0,2

Fines

silt,
limon
silt grossier 0,02 à 0,063
silt moyen 0,006 à 0,02
silt fin 0,002 à 0,006
argile argile

<0,002

Un bon sable doit avoir une courbe granulométrique étalée. De cette façon, il utilise un minimum de liant.

Cette courbe s'apprécie soit visuellement au toucher, soit, plus méthodiquement, par tamisages successifs. Un sable peut naturellement être corrigé du point de vue granulométrique, par adjonction d'un autre sable.

Les sables que l'on trouve aujourd'hui chez les grossistes sont tous lavés, c'est à dire qu'on leur a ôté la plus grande part de fines. Le but est donc d'en réintroduire (voir plus bas).

Un sable lavé donnera un mortier blanc, pas vraiment beau...

La proportion de fines par rapport au sable complet s'appelle l'Équivalent Sable (ES). Un bon sable doit avoir un ES de 75%, selon la norme.

Je lui préfère un ES de 80 %, qui faïence moins. Mais cette affirmation, qui n'engage que moi, sous-entend que la mesure est précise à quelques % près, ce qui n'a rien d'évident !...

Mesure de l'Équivalent Sable

Cette méthode nécessite une éprouvette graduée, ou à défaut un récipient à fond bien plat, sur lequel aura fixé une réglette graduée pour garantir sinon la précision, au moins la cohérence des mesures.

  1. remplir l'éprouvette d'eau, sur environ un tiers de la hauteur,
  2. remplir avec le sable (ou mélange de sables) à mesurer,
    (plus il y en aura, mieux c'est pour la mesure)
  3. attendre quelques minutes,
  4. bien boucher le récipient,
  5. brasser l'éprouvette, de façon horizontale, en théorie 90 fois en 1 mn (déplacement latéral d'environ 75 cm) - données issues de la norme !
  6. finir de remplir l'éprouvette d'eau,
  7. rebrasser un dernier coup,
  8. attendre 20 mn*,
  9. à l 'issue de ce délai, relever (rapidement) les côtes :
    1. hauteur totale sable + fines : a
    2. hauteur sable seul sans fines : b
  10. effectuer le calcul suivant : ES = b/a x 100
    (la hauteur de l'eau n'entre pas en ligne de compte)

* : ce temps est normalisé. Il faut le respecter, car la décantation continue longtemps, mais à une vitesse moindre (phénomène visible en prenant le log du temps).

Les photos suivantes illustrent ce processus (cliquez sur les vignettes, les images apparaîtront agrandies dans une autre fenêtre):

1 2 3 4 5 6
Sable jaune du commerce, au début de la décantation Le même sable,
20 mn après
Zoom sur le même sable Mélange de 2 sables,
au début de la décantation
Le même mélange,
20 mn après
Zoom sur le même mélange

Le sable jaune du commerce a donc un ES égal à 143/146 x 100 = 97,95 % (les décimales n'ont pas de sens, vu les erreurs de mesure !...) c'est donc un sable lavé, qui ne contient presque plus de fines.

Le mélange montré ici (photo 4 et suivantes) a été fait à partir :

L'ES de ce mélange est égal à 120/142 x 100 = 84,5 %, ce qui est déjà plus acceptable.

L'outil que l'on voit à droite de la photo 5 est un "piston plongeur", indispensable lorsque la limite entre les fines et le reste du sable est incertaine. Outil bricolé avec un écrou de plomberie en laiton au bout d'un manche en bois.

La question qui se pose est : avec quel type d'argile faut-il enrichir son sable du commerce ?

Les réponses que j'ai trouvées sont celles-ci :


2) Mesure de la quantité de liant :

Une fois que l'on a obtenu un mélange de sable équilibré (ES de l'ordre de 80 %), il reste à déterminer la quantité maximale de chaux que l'on peut y intégrer.

Cette quantité correspond aux volumes de vides du sable. Il suffit donc de mesurer ce volume :

  1. bien faire sécher le sable,
  2. remplir à rebord et en tassant un volume de 1 l avec ce sable,
  3. remplir d'eau un autre récipient, gradué, à raison de 1 l,
  4. remplir d'eau le récipient plein de sable, doucement, jusqu'à saturation, que l'eau affleure en surface,
  5. mesurer la quantité d'eau qui reste dans le récipient gradué, et en déduire le volume d'eau qui est passé dans le sable : calculer enfin la proportion de liant à intégrer dans un volume donné du sable.

Pour les dosages standard, voir la page du site Tiez-Breiz.


Quelques conseils en vrac...

Sur un chantier tout se récupère : les mortiers d'origine, le mortier frais tombé au pied du mur.

Devant la bétonnière, j'ai creusé un trou, recouvert d'une grille. Ce trou est une sorte de puits perdu, dans lequel se déverse l'eau de lavage de la bétonnière. Cela évite d'aller colmater le réseau d'évacuation des eaux pluviales (sans parler des aspects pollution...), et cela permet de récupérer l'eau mais également une crème, constituée des résidus de liant, fines et sable. La première gamatte (l'auge du premier plan) contient du résidus de mortier ramassé. La seconde contient de l'ancien mortier à base d'argile de la maçonnerie ou bien de l'ancien enduit terre, que je tamise avec un tamis à grosse cotte.


L'heure de la soupe ayant sonné, on stoppe la réaction chimique de prise du mortier en appliquant un sac plastique mouillé, y compris sur la bétonnière. Bien pratique !



Pour obturer la gueule de la bétonnière, un sac plastique et une chambre à air de vélo font parfaitement l'affaire !

A ce sujet, rien ne vaut un mortier "recuit" toute la nuit !
Il n'en sera que meilleur, plus-onc-tu-eux!
Même un délai de quelques heures suffit déjà. Cela vaut pour les mortier à base de chaux aérienne uniquement ; en effet, s'il y a de la chaux hydraulique, la partie hydraulique de la chaux fait sa prise rapidement, ce qui génère de la matière inerte inutile...


Extinction de la chaux vive agricole

Ayant eu des soucis de manque d'onctuosité et d'adhérence, dû à une chaux dont la "date de péremption" était dépassée de plus de 2 ans !, j'ai commencé à essayer la chaux vive agricole, éteinte à demeure. La chaux vive se trouve en coopérative agricole, préférer celle toute simple, blanche, la moins chère. La densité est voisine de 1 (1 kg, 1 l).

Extinction de la chaux vive : le chaudron fume!...
L'extinction de la chaux vive agricole est très simple, mais nécessite tout de même quelques précautions !... En effet, la réaction chimique dégage une chaleur intense (400 °C !), de la vapeur d'eau et un peu de chaux en poudre est pulvérisée hors du tonneau... C'est vraiment le chaudron du diable, et il convient de se protéger les mains, les yeux et également les voies respiratoires, à l'aide d'un bon masque de coton pour la peinture. L'idéal est un masque intégral avec cartouche à visser. Une fois ces précautions prises, cela devient facile et relativement rapide. C'est le chaudron du diable, mais... c'est pas sorcier !

La quantité d'eau nécessaire à l'extinction est en théorie double du volume de la chaux, mais en pratique, on en met plus. On commence par mettre 10 l d'eau au fond du fût, puis 5 l de chaux vive, en saupoudrant en plusieurs fois, et en aspergeant d'eau, avec précautions... Il faut brasser le mélange avec un outil quelconque, afin qu'il n'y ait pas de grumeaux. La chaux s'expanse, et avec 50 l de chaux, on obtient pas loin du double. Veiller à laisser au moins 2 cm d'eau par dessus. S'il fait beau et sec, en mettre plus, et couvrir.

Appris avec Dominique Baffou : verser toute l'eau (30 l) puis la chaux vive (10 l), de préférence avec un système de gouttière pour verser à distance...

L'extinction dure longtemps, 2 mois c'est bien, ce délai donne un mortier d'une grande onctuosité et adhérence ! Une semaine paraît être le minimum quand même.
Une fois le refroidissement accompli (compter 2 jours), on peut la transvaser et la stocker dans des bacs, très longtemps (des années), si un peu d'eau est toujours présente au dessus :

Ici, pendant l'extraction, c'est un pur "fromage frais" !...

En théorie, on récupère, de haut en bas :
  1. en surface, l'eau forte (saturée en chaux, mais incolore)
  2. puis la fleur de chaux, légère et très pure, idéale pour les badigeons!
    (Je n'ai pas pu le faire, car je suppose qu'il faut pas mal de temps pour que la décantation se fasse.)
  3. Et enfin, dessous, la chaux grasse, idéale pour les enduits.
Je suis donc à présent convaincu par cette technique, plus économique de surcroît. Néanmoins, j'ai du forcer la dose pour les enduits chanvre, probablement parce que cette chaux est très liquide. Voir ci-après.

Pour ce qui est du chanvre, il faudrait une bétonnière à moteur thermique qui tourne moins vite qu'une électrique (16 tr/mn idéalement...) Cela a son importance, car il a tendance à rester collé aux parois, et du coup, on force sur l'eau pour l'assouplir... résultat : le mortier est trop lourd et tombe au pied du mur! pas vraiment l'idéal !

Autre problème spécifique au chanvre : les boulettes, qui n'en a pas eu ?!... Elles se forment lorsqu'il n'y a pas assez d'eau. La procédure est la suivante : il faut d'abord mettre l'eau - en quantité suffisante (c'est là tout le problème) - et la chaux, avant le chanvre. Comme au départ on ne sait jamais trop combien d'eau il faut, on tatonne ! L'important est de bien repérer les quantités d'eau que l'on introduit, pour obtenir par la suite, et d'entrée de jeu, le bon mortier.

De même, un mortier de chanvre et chaux aérienne peut rester "mijoter" une nuit dans la bétonnière, avec un sac mouillé pour boucher la gueule. J'ai ainsi fait mijoter plus de 2 mois un surplus dans une grande cuve avec de l'eau pour le recouvrir :

Le mortier, après ce délai, était merveilleux, d'autant que la chaux avait eu tout le temps pour s'éteindre. Je n'ai constaté strictement aucune dégradation du chanvre.

Le dosage avec le chanvre : en principe, 30 l de liant pour 100 l de chanvre, et autant d'eau que de liant.
Avec la chaux grasse, il me faut monter à 2 vol de liant pour 3 vol de chanvre, et à peine 1 vol d'eau. Comme expliqué plus haut, cela dépend si la chaux grasse est liquide ou non. La mienne l'est, trop probablement. De toutes façons, le mortier obtenu doit coller au mur ; s'il tombe au sol, c'est qu'il est soit trop liquide et/ou trop peu dosé en chaux.

J'ai lu que souvent, il est préconisé d'incorporer une petite part de chaux hydraulique naturelle dans les bétons de chanvre. Je m'interroge sur cette pratique. La partie hydraulique effectue sa prise rapidement, cela peut donner une meilleure tenue au mortier, et donc autoriser une épaisseur plus importante en un seul passage. Mais cela suppose de travailler comme un pro : rapidement ! Faute de quoi, la partie hydraulique deviendra matière inerte et puis c'est tout ! Inversement, ne pas en incorporer autorise d'arrêter la prise en mettant une bâche plastique mouillée sur la gammate, ou de boucher la gueule de la bétonnière entre deux prélèvements, ou le temps du repas, ou même pendant la nuit, ce qui est tout de même infiniment pratique, pour l'amateur que je suis en tout cas.

Attention également pendant les manipulations de la chaux, à ne pas vous en faire gicler dans les yeux, surtout si elle est liquide. Ayez toujours de quoi vous rincer l'oeil à proximité...
Le port de lunettes est donc vivement recommandé.

Un truc pour aider à obtenir un bon mélange quand on a une bétonnière qui tourne trop vite :

3135.jpg (43462 octets)
Il s'agit d'une bêche à rosiers, légère et solide, très pratique pour aller décoller le mortier du fond de la cuve, pendant la rotation !...


Application d'un mortier à la truelle

C'est la partie la plus délicate, et on perd vite la main à ne pas pratiquer régulièrement !

Et quel bonheur quand ça marche !...

Attention danger pour les yeux !

Lorsqu'on reçoit une projection liquide de mortier, il faut se rincer l'oeil, en douceur, avec le pulvérisateur qui doit rester dans les parages, car la chaux brûle...
Sinon le port de lunettes est indispensable !

Pour les mains, il faut éviter de toucher la chaux, le mortier, etc. Mais en pratique, cela est bien difficile !
Un conseil très simple : avant les travaux, et près, se mouiller les mains avec du vinaigre ! ben oui, ça marche, l'acide compense la base de la chaux.

Accueil