Pose de carreaux de terre cuite sur dalle fraîche

Rajout - en bas de cette page - d'une note concernant le nettoyage de peinture rouge, le 15/11/2005.

Ayant suivi un stage par l'association Tiez-Breiz de pose de carreaux de terre cuite, j'ai pris sur place pas mal de notes, puis rédigé cette "notice". 

Par conséquent, elle n'engage que moi!...

Néanmoins, sur le site Tiez-Breiz, vous trouverez cette même notice mais revisitée par Hervé Even le technicien de l'asso. On pourra visionner sur ce même site quelques photos de ce stage-là, cela peut aider à comprendre les opérations.

"Sur dalle fraîche" : la dalle est en fait réalisée en même temps que la pose des carreaux, et elle se confond avec la chape...

Les carreaux

Les carreaux de terre cuite traditionnels sont irréguliers. Il faut donc les classer par catégories, au moyen d'un gabarit, constitué d'un panneau de bois, sur lequel on aura fixé une réglette d'appui, et tracé une droite "repère" perpendiculaire à la réglette. Il faut déterminer la cote nominale du lot de carreaux : statistiquement, ce sont les plus nombreux. Le but est d'arriver à constituer trois lots : les "petits", les "moyens", et les "grands" (un quatrième lot sera constitué de ceux qui sont trop "gauches", vrillés, etc.) La répartition entre les "petits" et les "grands" doit impérativement être équilibrée.

 

Les carreaux traditionnels ne sont (naturellement) pas carrés! Néanmoins, le moule restant en principe le même, on peut éventuellement observer une répétition de "forme", et on aura intérêt à les ranger en gardant la forme repérée toujours orientée de la même façon. Le tri se fait donc sur la dimension d'un côté (donc toujours le même si on a repéré une "forme"), il faut par conséquent les classer pour "conserver" le même côté, et ce jusqu'à la pose! Si l'on veut éviter tout risque, on peut marquer "P", "M", ou "G", toujours au même endroit, à la craie.

Les carreaux traditionnels ne sont (naturellement) pas plans! Il est donc préférable de les coller sur une chape fraîche, pour garantir un écoulement homogène des charges, et éviter des tensions, pouvant aller jusqu'à la rupture du carreau.

Le bon écoulement des charges implique que la densité des matériaux doit aller croissant du bas vers le haut. Un sol en terre battue a une résistance mécanique de 2 kg/cm2 ; si on creuse : 3 à 4 kg/cm2 ; si on rajoute un hérisson : 6 kg/cm2. Une chape de mortier à la chaux hydraulique naturelle aura, au bout de 28 jours, une résistance de 100 kg/cm2 ; un carreau de terre cuite une résistance un peu plus élevée.

La chape (ou dalle)

Ici, les deux sont confondues!

Epaisseur minimale : 4 à 5 cm, moyenne 7 cm. Sur sol compacté, c'est important! Attention aux canalisations, électriques notamment, qui peuvent constituer une zone faible. Il faut donc les enterrer. La chape doit avoir une épaisseur la plus constante possible.

Le mortier de la chape doit être maigre : trop dosé en liant, la chape pourrait être plus résistante que le carreau : celui-ci, à la limite, pourrait casser. Le sable est un sable lavé, inerte, qui ne risque pas de gonfler en cas de remontée d'humidité. Ces précautions font qu'il n'est pas forcément nécessaire de désolidariser le dallage du mur.

Liant : chaux aérienne et/ou chaux hydraulique naturelle, exclusivement.

Dosage : 4 brouettes au sac de 40 l. Mettre le minimum d'eau : le mortier doit sembler presque sec...

Les dispositions au sol

Répartition des carreaux

Entre deux bords opposés, c'est bien peu probable que l'on "tombe" sur des carreaux entiers... Il est donc indispensable de répartir le "reste" de façon équilibrée sur les 2 bords opposés : 3/4 de carreaux d'un côté, idem de l'autre.

Eviter les demi-carreaux! (2 demi-carreaux = 1 carreau entier...)

Il s'agit ici des bords opposés dits "principaux" (voir figure 7).

Les carreaux devront être saturés d'eau, par immersion (attendre qu'il n'y ait plus de bulles d'air) ; les laisser ensuite "ressuyer" (c'est-à-dire que l'eau en surface soit évaporée).

Le sens, la disposition des rangées se fait en fonction d'éléments importants : l'entrée dans la pièce, un élément visuel important et central tel une cheminée.

Ce qui permet de distinguer :

Flèche verticale en pointillés de la figure 7 : la répartition des carreaux se fait selon cet axe (imaginer que l'on fait bouger "virtuellement" tout le dallage, entre le foyer et la porte).

Se reporter au paragraphe 2, et à la figure 9.

1. Pose du premier plot de référence, dans un coin de la pièce

En tenant compte de la configuration du sol d'origine : roche affleurante, creux de terre battue (combler avec des cailloux - roulés et non pas concassés - bien compacter), pour faire en sorte que l'épaisseur minimale de la chape soit respectée.

Constituer un premier plot de référence, afin de matérialiser, à l'aide de 2 carreaux tout simplement posés l'un sur l'autre, pour le carreau inférieur : le niveau de la chape, et, pour le carreau supérieur : le niveau du sol fini. A partir de celui-ci, à l'aide d'un niveau à bulle, projeter cette hauteur au mur, puis "monter" 1 mètre à la verticale, bien repérer ce point.

Prolonger cette hauteur, en traçant une ligne parfaitement horizontale, tout autour de la pièce, à l'aide par exemple d'un niveau à eau.

Enlever le carreau supérieur, mais laisser, pour l'instant, le carreau inférieur en place sur le plot de mortier.

2. Répartition des carreaux, entre les deux bords principaux

Aligner des planches au sol, entre les bords opposés "principaux", au milieu. Puis disposer les carreaux triés "M", à joints constants à l'aide d'un gabarit quelconque,

fig. 9

en partant, ici, du foyer (référence visuelle de la pièce). A partir de ce "constat", décaler virtuellement cette rangée de façon à tomber de façon équilibrée, comme expliqué précédemment, avec, non pas 2 demi-carreaux, mais deux trois-quarts de carreaux à chaque extrémité.

3. Tirage des cordeaux

Il est nécessaire de tendre deux cordeaux, parfaitement perpendiculaires, juste au dessus de la future hauteur des carreaux, donc à 99 cm sous le trait horizontal qui "court" tout autour de la pièce, à l'aide de pointes bien stables.

Le premier cordeau va essentiellement servir à positionner le second ; il devra naturellement être parfaitement perpendiculaire au bord principal. Dans notre cas, il s'agit bien sûr du mur où se trouve le foyer.

Le second cordeau va être positionné très précisément au dessus d'un futur joint (voir la figure 9), et, bien évidemment, parfaitement perpendiculaire au premier cordeau (ou parallèle au bord principal "référent"). Prendre particulièrement soin des fixations de ce cordeau, qu'il faut pouvoir mettre et enlever, sans risque de déréglage.

Rappel sur la méthode pour obtenir un angle droit :

Compas 1 : tracer 2 poins opposés au centre mais parfaitement équidistants.
Compas 2 : à partir de chaque point repéré précédemment, tracer 2 arcs.

Pour une précision maximale, les "compas" devront avoir un rayon le plus important possible, mais attention à l'éventuelle élasticité de ce rayon...

Oter ensuite les deux cordeaux, ainsi que la rangée de carreaux et les planches.

4. Construction des nus

Les nus sont les bandes d'appui parallèles pour la règle d'étalement du mortier.

La règle d'aluminium sera de 2 mètres de long, les nus seront donc espacés d'un peu moins, pour un bon appui de la règle.

Construire d'abord le premier nu, à partir du 1er plot de référence, en élaborant un deuxième plot, de la même façon que le premier, et en comblant l'espace entre les deux. Bien s'assurer de la planéité et de l'horizontalité de la bande.

Construire ensuite le plot n°3, en s'assurant qu'il est bien à la même "altitude" que le premier ; puis le n°4, et enfin le deuxième nu.

Bien s'assurer de l'horizontalité, dans tous les sens.

Continuer de même, sur toute la longueur de la pièce. Laisser l'espace inter-nus propre, afin de ne pas créer de zone plus dures, par tassement en marchant sur les chutes de mortier.

Il est possible de renforcer les nus, puisque servant d'appui à la règle lors de l'étalement du mortier, à l'aide de bandes d'acier zingué (celles qui servent à la fixation des antennes de télévision) simplement posées à plat.

5. Première élaboration de la chape

Il s'agit d'une surface appuyée sur le bord principal référent, sur toute la longueur du bord, et d'une largeur de 80 cm au plus, car il faut pouvoir aller poser les carreaux du fond sans prendre appui sur les carreaux fraîchement posés.

Disposer le mortier entre les nus, à la pelle, mais sans excédent.

Aller "chercher" le mortier au fond, avec l'angle de la règle, puis le ramener à la verticale, pour éviter qu'elle ne s'incurve. Tirer le mortier à la règle, en appuyant le moins possible la règle sur les nus! Tasser, peu ou beaucoup, le mortier de chape, avant tirage, mais de façon constante, de la même façon que lors de l'élaboration des nus, et ce afin de ne pas créer de zones plus dures.

6. Pose des premiers carreaux

7. Joints

La recherche de la couleur doit avoir été effectuée avant la pose des carreaux. Il faut pour cela constituer plusieurs parterres de carreaux posés sur une chape réelle, elle même sur un film plastique, à l'extérieur pour mieux apprécier les couleurs.

Le mortier de joint est plus exactement une barbotine, dont la composition est la suivante :

Les nuances de couleurs sont obtenues en choisissant les terres minérales, en variant aussi leur proportion avec le sable. Si le sable est celui qui a servi pour la chape, son pouvoir colorant sera faible.

Mélanger, pour moitié-moitié, la terre (avec du sable, éventuellement), avec de l'eau ; puis tamiser cette boue, rajouter le liant, et malaxer soigneusement, à l'aide d'un malaxeur monté sur une perceuse.

Si les carreaux ont eu le temps de sécher, les asperger d'eau pour les resaturer.

Verser à seaux la barbotine, en commençant dans un coin, et égaliser à 45° :

Une fois tous les joints bien remplis, laisser "tirer" un peu ("tirage" d'un mortier : début de sa prise - différent du "séchage"!), puis repasser un coup de raclette. Les joints doivent être d'avantage en bosse qu'en creux.

Nettoyage des carreaux : à la sciure de bois sans tanin (ex : du résineux), et au chiffon. Il ne faut pas nettoyer trop tôt, sinon le joint se creuse, et la sciure peut y rester... On peut aussi utiliser des chutes de mousse, qui se chargent de laitance, il faut les jeter après usage.

Si le nettoyage intervient trop tard, il faut nettoyer carreau par carreau, à l'éponge, et avec deux seaux d'eau, l'un qui sert pour nettoyer l'éponge, l'autre servant de réserve d'eau propre...

Pendant toutes ces opérations, il ne faut naturellement pas marcher directement sur le sol, mais sur des panneaux de contre-plaqué, et avec précaution!

Note : la couleur des joints peut soit accentuer, soit minimiser, les éventuels défauts de la pose, ou des carreaux eux-mêmes.

8. Finitions

L'usage de la pièce ne peut être immédiat : un mois de prise constitue un minimum. La chaux hydraulique naturelle est aussi aérienne, il faut compter un délai de 6 mois. C'est le prix à payer, pour un habitat sain, qui "respire".

Au bout de ce délai, il faut imprégner à cœur (ce qui implique une saturation) les carreaux, avec un mélange tiède d'essence de térébenthine et d'huile de lin ou de cire d'abeille, en 2 ou 3 passes.

Voici ce qui était préconisé par un architecte du service conseil de Tiez-Breiz, dans la revue n°5 en 1985, pour courageux ou méticuleux! :

"Après la pose, laisser pendant deux à trois mois la laitance remonter.
Ensuite, nettoyer plusieurs fois le carrelage au savon noir.
Par la suite, enlever immédiatement toute tâche qui pourrait être faite après le nettoyage au savon noir.
Après avoir fait plusieurs lessivages au savon noir en un mois, appliquer :
- une première couche de petit lait,
- une deuxième couche en mélangeant 1/4 de lait et 3/4 d'eau,
- une troisième couche composée de 1/2 de lait et 1/2 d'eau,
- une quatrième couche de lait cru, pur.
Laisser sécher entre les couches. Il faut compter 3 semaines de séchage entre les couches.
Ensuite, appliquer un mélange térébenthine/huile de lin,
dans la proportion de 1 litre de térébenthine pour un verre d'huile de lin, et, si possible, au pulvérisateur.
Recommencer trois ou quatre fois en augmentant la dose d'huile de lin.
Après séchage complet, entretenir à la cire.
"

Pour ce qui me concerne, la terre cuite que j'ai utilisée ne laissait vraiment pas remonter de laitance, j'ai shunté l'imprégnation au lait, mais, par contre, j'ai bien suivi toutes les autres opérations.
L'entretien se fait aisément (enfin... c'est ma femme qui le dit!) avec un "nettoyant concentré tomettes et carrelages anciens" de marque "Libéron" (pub non payée!).


Didier FRICKER me communique les précisions suivantes concernant le traitement de la peinture rouge qui recouvre parfois les terres cuites :

"Cette espèce de peinture rouge que l'on trouve très fréquemment sur les
carreaux de terre cuite et tomettes s'appelait "rouge de Prusse" (mélange
composé entre autre de cire, siccatif et de plomb). Très en vogue dans les
années 1900 à 1940, elle permettait de raviver les couleurs et de les
uniformiser, de cacher les taches et surtout ce traitement rendait la terre
cuite beaucoup moins difficile à entretenir. Malheureusement c'est assez
dur à enlever. Utiliser le produit : DILUNETT de DURIEU (ce n'est pas de
la pub, mais très honnêtement c'est le seul parmi une dizaine qui donne de
bons résultats). Il faut l'étaler au pinceau sur les carreaux, laisser agir
plusieurs heures, puis rincer à l'eau tout en frottant avec une brosse ou
encore de la paille de fer. Si vous avez une grande surface à nettoyer, vous
pouvez les rincer au nettoyeur HP (ça marche aussi). Surtout n'utilisez pas
d'acide chlorhydrique qui abîme les carreaux. Je vous préviens cependant
qu'il ne s'agit pas d'une solution miracle... et qu'il faut y mettre de
l'huile de coude."


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