Les Badigeons à la chaux

En fonction de la concentration de chaux, on parle de :

Les laits de chaux servent à couvrir, combler des fissures fines, les faïençages ; ils ont une charge, de l'épaisseur, et des passes successives n'apportent en aucun cas un surcroît de teinte, car c'est un mélange non transparent, contrairement aux badigeons, et surtout aux patines.

Les badigeons sont des peintures, dont le liant est constitué par la chaux ; initialement, cette chaux était vive, aujourd'hui, on l'utilise éteinte, mais on aura grand intérêt à utiliser sous sa forme grasse (cf ici pour l'extinction). À cause de leur transparence, les couleurs s'ajoutent, d'une couche à l'autre.

Dans un badigeon, il y a un collant, et la charge. La charge assure l'épaisseur, ex. le blanc de Meudon, c'est de la craie finement broyée.

Les chaux

 La qualité de la chaux est importante : plus le calcaire initial est pur, plus fine, et légère (densité moindre) sera la chaux, plus son pouvoir couvrant sera important.

Les pâtes ont une densité de 1. Donc, 1 l, ou 1 kg de pâte contient 0,4 kg de chaux sèche, soit 0,8 l.

Sauf à utiliser de la chaux en pâte, il faut préparer le badigeon la veille.

La pâte colorante doit être préparée à part.

Les pigments

Sennelier donne la liste des pigments compatibles avec les badigeons à la chaux. Tous les pigments « terre » sont compatibles. Les oxydes métalliques aussi, mais ils passent avec le temps.

On peut utiliser une terre minérale trouvée au hasard d'un voyage. Cependant, il n'est pas du tout évident d'obtenir la couleur chatoyante qu'offre la terre recueillie. Les particules réellement colorantes sont d'une extrême finesse, et c'est ce qui fait la difficulté de l'opération. Pour récupérer, ou isoler ces particules, il faut laver la terre, la laisser se décanter, ôter l'eau en surface par siphonnage, puis avec un outil adéquat (truelle, cuillère, …) enlever la crème en surface, en laissant donc de côté le fond, lequel contient bien sûr les particules les plus lourdes. Et il faut recommencer, avec la crème, de la même façon, x fois… pour arriver à isoler la crème de la crème ! celle qui aura un réel pouvoir colorant. Si on ne soigne pas cette opération, on se retrouvera avec des particules lourdes, non colorantes, qui seront visibles en surface du badigeon. A fresco, cela peut passer, il suffira de resserrer, de pousser ces particules dans le corps de l'enduit (cela peut d'ailleurs faire partie d'une action voulue, recherchée) ; a secco, plus question ! et ces particules ne seront pas fixées pour autant…

Ensuite, cette « super-crème » devra être séchée, de façon à pouvoir la peser, à sec, pour maîtriser et respecter le seuil de stabilité (voir ci-après).

Il existe pour les pigments deux seuils importants, à respecter :

  1. Le seuil de stabilité
    C'est le pourcentage au delà duquel le pigment ne sera pas fixé par la chaux ; ce pourcentage varie en fonction du support. L'idéal est de travailler a fresco, car, à ce moment-là, le surplus de pigment peut être fixé par l'enduit sous-jacent, par la pellicule de calcaire en surface d'enduit. A fresco, c'est environ 6 à 7 h après l'application de l'enduit. Il est possible de travailler avec le pigment seul, sans chaux.
  2. Le seuil de saturation
    C'est le pourcentage de pigment au delà duquel la teinte ne changera plus.

Le tableau qui suit est très important. Il donne les seuils à respecter :

% max en masse du pigment par rapport à la chaux sèche

Saturation

Stabilité

a secco

Lait de chaux

20

10

Badigeon

60

5

Patine

100

1

A fresco, on peut dépasser les seuils de stabilité indiqués, jusqu'à atteindre 100 % (absence de liant), car c'est la fine couche sous-jacente de calcaire qui va fixer le pigment.

C'est l'idéal de travailler ainsi, la teinte est atteinte immédiatement, et la durée de vie est celle de l'enduit.

A secco, la proportion entre le pigment et le liant est très faible, notamment pour la patine. La chaux se comporte comme un pigment, quant à la couleur, et cela « casse » la teinte.

Un badigeon, et plus encore une patine, sont dilués, cela donne la transparence à la couche, et c'est ce phénomène de transparence qui permet d'ajouter les intensités de teintes. Pour une patine, il faudra beaucoup d'applications, au moins une dizaine, pour obtenir l'intensité de la teinte souhaitée. La durée de vie d'une peinture patine a secco est de douze à treize ans.

Les adjuvants

Application a secco

Un badigeon ne s'applique que sur un mur humide. L'application doit se faire rapidement, et sans raccords, sinon cela engendre une surcharge en couleur (les intensités de la teinte s'ajoutent).

Il faut appliquer une première couche, blanche, sans pigment. Puis au moins deux autres couches, pour la couleur. Entre chaque, laisser un séchage, qui peut prendre 1 jour sur des supports déjà humides, ou très peu de temps sur un support poreux et sec, tel le plâtre (note : sur plâtre, ou sur bois, appliquer une sous-couche de colle à papiers peints, pour boucher les pores). La proportion des adjuvants, notamment celle du lait, doit se faire en décroissant, ou à quantité égale, d'une couche à l'autre.

Il est nettement préférable d'utiliser de la chaux en pâte ; sinon, comme pour le plâtre, saupoudrer sur l'eau, et laisser l'imprégnation se faire, avant de commencer à malaxer. Les grumeaux doivent systématiquement être réduits, ceci se fait de préférence avec une pâte lourde, non liquide.

Exemple de recette, pour 10 l dec peinture :

La proportion d'eau n'est pas extrêmement importante ; comme dit au début, elle joue sur la transparence. Il faut procéder à des essais, et voir si le fil du pinceau apparaît, ou non, si c'est trop épais, ou non.

Ce qui importe, c'est de bien mesurer la quantité de chaux, afin de déterminer la quantité de pigment, et des adjuvants (se reporter au tableau).

Le pigment doit être préparé à part, en mesurant sa masse avec soin, par rapport à celle du liant sec ; en travaillant a secco, on doit donc se limiter à 5 %. Puis il faut le malaxer avec soin, dans un peu d'eau forte, de façon à obtenir une pâte parfaitement homogène, qui sera intégrée dans le badigeon en cours de préparation, progressivement. À nouveau, parfaitement malaxer, avec un agitateur électrique.

Pendant l'application, systématiquement « touiller » avec la brosse le fond du seau.

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