Cet article de ma plume est paru en 1997 dans la revue n°16 de l'association régionale Tiez-Breiz - Maisons et Paysages de Bretagne.


Un chantier de rejointoiement dans le Trégor

 

Le but de ce papier est le partage d'une expérience, afin d'une part de motiver ceux qu'un tel chantier tenterait, d'autre part d'apporter quelques renseignements pratiques.

La maison que j'habite est un ancien restaurant, datant de la fin de la première guerre, adossé à une maison plus typiquement Trégoroise, du siècle dernier, et qui était le bar-épicerie. Située au centre du bourg, elle comprend trois niveaux, et possède deux larges fenêtres à anse de panier.

La méthode exposée ici est centrée sur le désir de faire apparaître la texture, la richesse en cristaux d'un sable, afin que les joints soient agréables à l'œil, y compris de près. La contrepartie en est la longueur, elle n'est donc pas viable économiquement, mais réservée aux "amateurs", c'est-à-dire aux amoureux de la pierre! De plus, elle n'est certainement pas parfaite. A chacun de trouver la sienne propre!

Quelle que soit la méthode envisagée, le jointoiement d'une façade est une opération longue. Mais, en retour, le bâti s'embellit et s'assainit. L'œil ne glisse plus dessus, mais s'arrête. Les gens aiment, le disent, surtout si, en même temps, vous repeignez les huisseries, les volets, avec une couleur bien choisie.

Je n'hésite pas à parler de "renaissance"!

Les contraintes matérielles

Elles sont de plusieurs ordres : l'équipement nécessaire, la sécurité, la météo, et le temps.

L'équipement

Il s'agit essentiellement de l'échafaudage, dont l'assise au sol doit être très large et stable (pas de terrain boueux par exemple). Il doit être sérieusement fixé, dans tous les sens. En effet, il est nécessaire de le bâcher, afin de protéger l'ouvrier (ou l'ouvrière?), ainsi que les joints frais, du soleil et de la pluie. Attention, une bâche devient très rapidement infernale, car, par gros temps, elle se comporte comme une voile, faisant grand bruit, et poussant l'échafaudage...

Quant au reste, il suffit d'une auge de 12 litres, de 2 seaux, d'une truelle normale de maçon, de taille moyenne, et d'une truelle "langue de chat" courte et rigide. J'utilise rarement une taloche, préférant, pour ce type de travaux, le dos de la truelle : c'est plus fin, plus précis, les deux truelles travaillent de concert.

Important pour le type de finition exposé ici : deux éponges spéciales bâtiment, l'une à texture très fine, aux bords arrondis, pour former les joints, et l'autre plus standard, aux bords carrés, qui servira au nettoyage de la pierre.

Enfin, notons : un pulvérisateur d'eau à pression préalable, et de quoi travailler la pierre, pour les reprises de maçonnerie.

La sécurité

Elle commence bien sûr au niveau de l'échafaudage, et de sa parfaite stabilité. De plus, au delà de 3 mètres de haut, je recommande vivement l'utilisation d'un harnais de sécurité. On y gagne en sérénité, en concentration sur la tâche. Cela coûte environ 500 F HT. Penser également à de bonnes chaussures, antidérapantes, voire "de sécurité".

La météo

Il faut éviter : le soleil d'été, le gel (pas moins de +5°C), le vent qui assèche, la pluie directe. A l'inverse, le temps idéal est le petit temps breton : doux, humide, sans vent... Autant dire que ce n'est pas souvent. Les demi-saisons sont donc en principe favorables.

Le temps

La méthode exposée ici est longue : j'ai pu observer une vitesse d'1 litre de mortier à l'heure (fabrication et nettoyage compris). Quant à la quantité nécessaire, elle peut varier de 2 à 4 litres au m2 (mortier de reprises de maçonnerie exclu). De plus, les reprises de maçonnerie, inévitables, consomment pas mal de temps.

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Peut-être cette image risque-t-elle de décourager : elle montre le nombre de gâchées faites, les dates, les tranches (Tx), correspondant à la surface couverte par l'échafaudage!...

Les matériaux

Ce sont les sables et les liants.

Les sables

Cela revient à poser, en même temps, deux questions :

1) la couleur : celle-ci est donnée par les particules les plus fines :
- celles du liant, la chaux, qui tirent la couleur vers le "haut", vers le blanc,
- celles du sable, les "fines" qui tirent la couleur vers le "bas",
- les fines qui composent le mortier de maçonnerie existant (contre lequel va s'appuyer le joint), et qui peuvent influer, avec le temps, sur la couleur finale.

Un dernier paramètre, c'est  le degré hygrométrique du mur, qui joue un rôle important. J'ai, en effet, pu observer, au fil des mois, que la couleur initiale des joints, très claire au départ, devenait plus sombre et "chaude" en même temps, de façon uniforme, sauf au pied du mur, où la coloration s'est faite plus rapidement, et de façon plus soutenue. Je suppose en effet qu'il s'agit d'un phénomène de transfert de fines, en même temps que l'humidité de la maçonnerie d'origine, vers le joint (surtout si celui-ci est hydraulique), pendant tout le temps que dure la prise, mais c'est là une interprétation personnelle...

Il est donc difficile de prédire la couleur finale du joint, sauf à se livrer à des expériences, et à attendre environ 6 mois!

2) l'aspect : tout est possible, du plus facile, lisse et terne, au plus difficile, moucheté de cristaux bien lavés, avec des degrés intermédiaires, c'est au choix!

Personnellement, je désirais obtenir une couleur blonde, voire légèrement rosée, avec un aspect moucheté par la présence de cristaux en surface...

J'ai entrepris de visiter les différentes carrières de la région, bien pauvres hélas en beaux sables de pays. J'ai donc dû me rabattre sur les sables jaunes, sables marins-fossiles lavés, que l'on trouve chez tous les grossistes en matériaux. Pour les rééquilibrer en fines (équivalent de sable égal à 75%), j'ai utilisé un sous-produit du granit, le perré, ou granit en décomposition, dont le sous-sol de la région est riche. Il a pour inconvénient son peu d'homogénéité, son faible pouvoir colorant, mais en même temps, sa présence irrégulière d'argile, et pour avantage, sa richesse en cristaux, et son prix très faible (de l'ordre de 60 F HT le m3). Ce matériau doit donc subir une préparation : il peut être soit tamisé, soit concassé. C'est ce que j'ai choisi de faire, pour préserver les fines, et récupérer le maximum de cristaux ; quant à l'argile, je la divise au maximum en petites boulettes, qui se retrouvent plus tard dans le joint sous la forme d'une tâche de couleur...

Ce perré peut aussi être "coupé" de terre minérale, afin d'affirmer la couleur finale.

La proportion des volumes de sables est à déterminer, en fonction de l'équivalent de sable de chacun des constituants, et en fonction du degré de couleur recherché : en forçant sur les fines, on privilégie la couleur, mais on s'expose au retrait, ou faïençage, c'est affaire de compromis. Tout cela suggère donc bien des essais préalables! 

J'ai donc procédé à "trente-six" essais...
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... en notant, pour chaque échantillon, sa composition, et la réaction éventuelle au faïençage.

Une fois le mélange final adopté, il est bon d'en préparer à l'avance et en quantité, à la bétonnière (la faire tourner de chaque côté, pour obtenir un mélange homogène). Les sables sont à stocker autant à l'abri du soleil que de la pluie, afin qu'ils respirent normalement (le bâchage ma paraît malsain).

Les liants

Les chaux naturelles sont les liants les mieux adaptés au bâti ancien, le principe consistant à retrouver l'état chimique du calcaire. Il existe deux types de chaux naturelles :

1) la chaux aérienne (CAEB), qui fait sa prise au gaz carbonique,

2) la chaux hydraulique naturelle (NHL), qui fait donc sa prise à l'eau (ceci est partiellement vrai, car elle peut même être majoritairement aérienne).

Ecarter absolument les chaux artificielles (HL), qui ne sont que des ciments pauvres, les ciments blancs, etc. Quant aux mortiers tout prêts, ils interdisent d'entrée de jeu toute recherche personnelle, et leur composition est incertaine. Attention également aux différentes NHL disponibles sur le marché, certaines contiennent des adjuvants.

Alors, aérienne, ou hydraulique? En principe, l'aérienne suffit amplement, du point de vue résistance mécanique (30 kg/cm2). Elles présente de plus l'avantage non négligeable de permettre de préparer son mortier à l'avance, puis d'arrêter sa prise par un peu d'eau et un film plastique, sur la surface du mortier (ça n'est pas tout à fait vrai : l'adjonction de terre, d'argile rend le mortier partiellement hydraulique!) On ne subit pas le stress d'un mortier purement hydraulique. La NHL est mécaniquement plus résistante (mais cela n'est pas forcément fondamental dans tous les cas), et, caractéristique intéressante, elle peut contribuer à l'assainissement d'un mur, en consommant de l'eau contenue dans celui-ci, pour achever sa prise.

Il est donc possible de combiner toutes ces caractéristiques, selon le travail. Pour une souche de cheminée bien mal en point, envahie d'humidité, j'ai utilisé la NHL seule. Pour une façade très exposée, j'utilise un mélange de 2/3 d'aérienne et 1/3 d'hydraulique. Pour un pignon plus abrité, j'utilise la CAEB seule, associée à une méthode dérivée de celle présentée ici, mais largement simplifiée (le résultat est quand même sympathique... de loin!)

Côté couleur, il semble que la CAEB soit plus intéressante que la NHL, laquelle serait plus terne.

Le nettoyage de la pierre

D'une façon générale, il est recommandé de ne pas attaquer la pierre, que ce soit au sable, ou à l'eau acidulée. Cela rend la pierre poreuse, ce qui va à l'encontre du but recherché. Un passage au nettoyeur haute pression peut néanmoins être envisagé, mais cette opération vise plus le dégarnissage des joints (enlèvement des mousses), et la nécessaire humidification préalable. Un mur qui paraissait fade et gris (à cause des vieux joints ciment?) au départ, devient coloré, gai, à l'arrivée, et ce sans nettoyage, par la présence de beaux joints.

Par contre, j'ai rencontré le cas de pierres de taille, très tendres (chaînage d'angles notamment), attaqués par les lichens. Un simple passage à la spatule permettait d'enlever 2 mm de "pierre"... Pour nettoyer efficacement, j'ai, non pas gratté, mais "buriné" la pierre, au moyen d'une spatule inox de 2 cm de large, associée à un maillet, afin de déloger tout ce qui pouvait l'être ; finition à la brosse métallique à fils très resserrés (ceci peut laisser une teinte grise sur la pierre ; elle disparaît avec la pluie). Il s'agit quand même là d'un travail long et pénible, mais cela redonne un coup de jeune à la pierre!

Burinage d'un chaînage d'angle...

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Cela ne se justifie pas pour les moellons, taillés dans une pierre dure.

Le déjointoiement

C'est pendant cette opération que l'on se rend parfaitement compte de l'inadéquation du ciment avec le bâti ancien : indépendamment de sa laideur, ce matériau est dur et rigide. Appliqué sur une structure relativement souple, des fissures se créent, laissant l'eau de pluie pénétrer, sans possibilité de s'évaporer... Aucune osmose possible, entre le mortier ancien, et le ciment! Pour déjointoyer, il convient de procéder avec le plus de finesse possible ; attaquer les joints de côté est souvent plus efficace que de face, il faut éviter de cogner comme un sourd sur son mur!

Ne pas déjointoyer plusieurs mois à l'avance, comme je l'ai fait, pensant assainir le mur, en le laissant respirer... En fait de respiration, les mousses se sont installées, au fil des mois, créant une véritable rétention d'eau! Le remède était pire que le mal.

Les reprises de maçonnerie

Il est probable qu'il y ait au moins quelques reprises de maçonnerie mineures à effectuer : l'opération de déjointoiement ne se fait pas sans "débarquer" quelques petites pierres ; peut-être même, au moment où ces joints-là ont été faits, que quelques pierres ont sauté... Il est donc nécessaire de réparer tout cela, pour éviter d'avoir des joints trop larges. Il faut aussi profiter de l'opération pour réparer tel "coup de sabre", qui, au fil des ans, s'est insidieusement propagé, ou, plus simplement, reboucher tel ancien nid d'oiseau. Il est intéressant de prendre le temps de remédier à tous ces petits désordres.

Dans tous les cas, il faut procéder à une "lecture" du mur, afin de respecter le type de maçonnerie : de "l'opus incertum", aux levées parfaitement régulières de moellons assisés, il y a toutes sortes de variantes. Le rythme, l'équilibre de l'appareillage ne doivent pas être modifiés.

On peut classer les reprises de maçonnerie de la façon suivante :

  1. les vraies reprises : exemple, changer une pierre fendue en deux verticalement, resceller une grosse pierre qui se déchausse. C'est affaire de personnes averties, même si ça n'est pas forcément difficile.
  2. les mini-reprises : remettre une pierre, là où il avait dû y en avoir, autrefois. Il suffit de respecter les règles de l'art, c'est-à-dire : stabilité mécanique (la pierre doit avoir une bonne assise, avec une "queue" conséquente), parement (la face visible) légèrement orientée vers le sol, pas de contact direct entre les pierres... La forme du parement doit aussi s'intégrer harmonieusement dans la maçonnerie. Tout ceci, en général, donne lieu à de petites tailles (attention aux yeux!)
  3. les micro-reprises, qui ne sont que des aménagements de joints, dans le cas où ceux-ci risqueraient d'être trop larges, et donc inesthétiques. La petite pierre allongée s'intègrera, là encore, harmonieusement, dans l'ouverture pratiquée. Ici, il n'est plus question que le parement de cette pierre regarde vers le sol, on peut admettre qu'il suive la ligne générale du joint : il peut être assimilé à un très gros point de couleur!

Travailler à ce niveau de détail peut paraître fastidieux, et parfois, cela le devient! Mais le résultat d'ensemble, en prenant du recul, est un mur moins lourd, plus gai. La difficulté est de trouver toutes ces petites pierres, tout en limitant le travail de taille. La tempête de début 1996 m'a fourni une solution : des galets rejetés très haut par la mer, il a suffi de se baisser! J'ai choisi ceux qui avaient encore des formes anguleuses, les formes rondes n'étant pas très esthétiques sur un mur. Les galets apportent de plus des touches de couleur. Cette méthode est critiquable, car j'ai un petit peu changé la nature du mur... Il est aussi possible d'utiliser des chutes de briques rouges, de-ci de-là.

Le mortier de reprises de maçonnerie est un mortier pauvre, à 10% de liant. Pour le sable, on peut utiliser les chutes de mortier ancien, ou bien constituer un mélange de 2/3 de sable et 1/3 de terre minérale. Gratter le mortier de reprise en creux, une fois le scellement terminé, pour laisser place au futur joint. Nettoyer les pierres, si elles ont été salies.

Le rejointoiement

Dans le Trégor, les joints se font les plus discrets possibles, sans être non plus en creux. C'est là un critère esthétique, mais qui rejoint un critère technique : celui de l'écoulement de l'eau de pluie. Celle-ci doit absolument pouvoir couler le plus librement possible, sans retenue.

Le joint a intérêt à être le moins large possible, cela limite le risque de faïençage. Quand le volume est trop important, il vaut mieux procéder à un pré-remplissage, ayant une surface rugueuse d'accrochage, que l'on laisse prendre 24 h.

Lorsque l'état de surface d'une pierre l'exige, je me permets de réaliser de "faux joints" par exemple pour combler une faille, où l'eau pourrait s'infiltrer, stagner... Il ne faut cependant pas en abuser, car non seulement ils peuvent choquer, non reliés aux vrais joints, mais de plus, leur couleur reste très claire, n'étant pas en contact avec le mortier de maçonnerie.

La préparation

Toutes les reprises doivent être faites, les volumes d'accueil pas trop larges et exempts de mousses. Humidifier au pulvérisateur, la vielle, abondamment, puis à nouveau 1h avant, mais modérément. Ne préparer que de petites quantités, de l'ordre du litre. Les proportions que j'ai adoptées sont les suivantes :

1 vol. de chaux naturelle(s), pour 4 vol. de sable(s).

En cas d'utilisation de 2 types de chaux, bien les mélanger, préalablement. Il est tout à fait possible de baisser le pourcentage de chaux par rapport au sable, jusqu'à 1 pour 5, afin de préserver la couleur.

Attention à ne pas faire un mortier trop liquide, c'est très facile! Il vaut mieux en mortier pas assez mouillé, qui sera plus facile à "rattraper". Le mortier doit tenir verticalement sur la truelle, sans tomber ni couler. La résistance mécanique d'un mortier trop mouillé diminue, et le risque de faïençage augmente.

Cas de début de prise du mortier dans l'auge : cela se produit lorsque le mortier est trop hydraulique, lorsque souffle un fort vent asséchant, ou encore lorsqu'on est interrompu dans son travail... Rallonger avec de l'eau et rebrasser le mortier n'est pas une très bonne solution, surtout dans le cas de mortier hydraulique : ce qui est pris est pris, il n'y a pas de retour arrière possible, et l'ajout d'eau va l'affaiblir mécaniquement. Il faut donc travailler avec de petites quantités, et sans perdre de temps.

A l'inverse, un mortier à base de chaux aérienne, bien protégé dans l'auge par un plastique mouillé, n'a en principe pas besoin d'être réactivé, un simple rebrassage périodique suffit.

Une bonne solution consiste à préparer le mortier complet, à sec, en quantité suffisante, pour la journée de travail par exemple, afin de prélever au fur et à mesure les petites quantités nécessaires ; un surdosage en eau est alors très facile à rattraper.

La fabrication

La "fabrication" du joint se déroule en plusieurs phases, entrelacées, c'est à dire qu'un nouveau joint est démarré avant que le précédent ne soit terminé :

  1. Application du mortier
    Appliquer le mortier en se servant du dos de la truelle "normale" en guise de taloche, et en le poussant avec la "langue de chat", sur une longueur de 20 à 30 cm. Dans le cas de joints assez larges, utiliser la méthode traditionnelle : taloche + truelle, et projection. Mettre un peu plus de mortier que nécessaire, avec un léger recouvrement sur les pierres. Pousser, avec la langue de chat, le mortier sur les zones en manque. A cet instant, le joint est plat, terne, mat, la laitance empêche de voir la texture du mortier.
  2. Modelage du joint
    C'est l'instant critique!

    Juste après l'application donc, avec le bord de l'éponge (celle qui a les bords arrondis), brosser la surface du joint, dans l'axe du joint, mais aussi perpendiculairement, même si la conséquence en est la salissure de la pierre. L'éponge doit être essorée au maximum ; en utiliser tous les bords, pour ne travailler qu'avec un bord propre. La masse du joint doit bouger le moins possible, le mouvement de brossage doit donc être léger! Si la masse du joint bouge, c'est soit que le mortier est trop liquide, soit que le volume d'accueil est trop important ; dans ce cas, tirer le mortier à la périphérie, contre les pierres, et/ou insérer une chute de pierre.

    Le brossage permet de fabriquer la forme de joint, cette forme un peu ondulante, qui va de pierre en pierre sans laisser d'arêtes, en un mouvement tel que l'eau de pluie ne pourra que glisser.

    Le passage de l'éponge à texture très fine entraîne dans son sillage une foule de tout petits grains : ne pas chercher à les enlever tout de suite, ni à découvrir la texture du mortier, que l'on doit cependant pouvoir deviner à présent.

    Note : cette opération de brossage n'a strictement rien à voir avec un type de de finition pratiqué un peu partout, et qui consiste à brosser le joint , quelques heures après l'application, au moyen d'une vraie brosse! Cela est vivement déconseillé, car le joint s'en trouve fragilisé d'entrée de jeu, n'ayant plus la pellicule de calcaire qui le protège en surface, sa structure en canaux est alors mise à nu. Certes, le joint respire "à pleins tubes", il peut donc accueillir l'eau (il peut aussi être gélif), mais aussi les mousses...

    Si l'on applique un joint trop long, l'opération de modelage s'en trouve retardée, et rendue difficile. On a plus de mal à soigner le recouvrement entre les joints, mais la découverte de la texture reste possible.
  3. Nettoyage de la pierre
    Avec l'autre éponge, propre et bien essorée.

    Du coup, il est possible que le joint lui-même se retrouve légèrement en relief par rapport à la pierre, laisser ainsi pour l'instant.

    Ces trois opérations : 1, 2 et 3, pour un joint donné, s'enchaînent sans interruption.
  4. Attente du début de prise
    L'étape suivante, la finition du joint, ne peut se faire qu'une fois la prise démarrée. Ce temps d'attente est fonction :
    a) du volume du joint : plus le joint est large et profond, plus il est nécessaire d'attendre;
    b) du type de mortier : la chaux hydraulique pouvant faire sa prise à cœur, la réaction est donc plus rapide qu'avec la chaux aérienne.
    Grosso-modo, il s'agit de quelques minutes, le temps que le mortier se stabilise.
    On en profite pour appliquer le joint suivant : retour aux points 1, 2 et 3.
  5. Finition du joint
    Avec l'éponge qui a servi au modelage, propre et toujours très bien essorée, refaire en gros les mêmes mouvements, d'une façon très douce et superficielle. La pierre va à nouveau subir quelques salissures, les ôter immédiatement, mais avec la même éponge.

    Cette phase permet :
    a) de finir de former le joint,
    b) d'ôter tous les petits grains restés en surface (si cette opération est oubliée, le joint restera façon "chair de poule"),
    c) de finir la mise à jour de la texture du mortier.

    C'est donc une phase agréable! Soigner les recouvrements entre les joints, qui doivent se voir le moins possible. Si un grain a sauté, appliquer une "rustine" à l'aide de la crème de mortier récupérée sur la truelle ou sur les bords de l'auge, et lisser très doucement à l'éponge.

    Faire un retour arrière rapide, sur les joints antérieurs déjà finis, pour peaufiner, si on le désire!

La gestion de l'eau

Utiliser deux seaux, l'un plein d'eau propre au départ, c'est la réserve, et l'autre, presque vide au départ, pour le lavage des éponges.

Le principe consiste à laver et essorer l'éponge sale dans le seau de lavage (on s'en doute!...), puis à la tremper rapidement dans le seau de réserve, et enfin à l'essorer au dessus du seau de lavage, sans bien entendu l'y retremper! Au fur et à mesure du travail, le seau de lavage se remplit, avec l'eau de la réserve naturellement.

Conclusion

J'espère avoir apporté quelques éléments, intéressants peut-être. Chacun cherche et trouve son style, sa méthode, l'important est d'aimer ce que l'on fait, d'être patient...

Démarré juillet 95, le chantier va se terminer... début 97, après il est vrai une interruption de 6 mois, pour cause de réfection de deux conduits de cheminée!

Un dernier point, qui a pour moi de l'importance : je crois qu'il est nécessaire de communiquer son plaisir aux gens, aux passants, et d'expliquer, de montrer tel ou tel détail...

Une très vieille dame m'a dit un jour : "Vous transformez le bourg!" Propos peut-être exagéré, mais je vous laisse imaginer le plaisir que cela procure!


Six ans après...

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Que sont devenus les joints? cliquez sur les miniatures pour vous rendre compte. Certains ont souffert des intempéries quand même, des averses de grêle en particulier. Les mouvements de la maison ont induit des fissures également, mais sans conséquence pour l'équilibre hygrométrique. Les couleurs ont également évolué comme expliqué, mais se sont stabilisées quand même!

Si c'était à refaire sur cette même façade, je pense que je pousserais la proportion de chaux hydraulique naturelle, par rapport à la chaux aérienne, de 1/3 2/3, je passerais à moitié-moitié, afin que le joint gagne en résistance mécanique.

Les averses de grêle ont bon dos!... jugez plutôt :

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Eh oui! les escargots aiment les joints à la chaux, qui leur permettent de se refaire un peu de calcaire!...
Leur présence est due d'abord à des clématites qu'ils affectionnent...


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