Enduits à la terre

Après avoir posé le plancher, vient l'étape des enduits de finition à la terre. J'avais d'abord participé à un stage Tiez-Breiz, voir un diaporama ici. Pas question d'acheter de la terre prête à l'emploi, car c'est là une solution onéreuse et fort peu en accord avec mes convictions... La terre on l'a sous nos pieds, autant se donner un peu de peine ! et il est facile d'en trouver, souvent pour le prix d'une bonne bouteille !

Le problème est d'en trouver qui soit argileuse juste ce qu'il faut : trop peu argileuse, l'enduit ne tient pas, trop argileuse, l'enduit faïence (phénomène de retrait au moment du séchage). Néanmoins, l'adjonction de fibres aide à répartir le retrait le long des fibres, ce qui fait que c'est moins visible.

J'ai d'abord utilisé une terre minérale, issue d'un chantier de terrassement d'un voisin, et me suis fait livrer un petit m3. Pour la "nettoyer", 2 solutions : par lavage, ou bien à sec. J'ai choisi la seconde solution :

C'est tout bête, il faut concasser les blocs dur, et trier tout l'organique possible : racines, vers, brindilles, feuilles, etc. C'est un travail un peu longuet mais reposant et finalement pas désagréable !... Au début, j'utilisais un tamis, mais en fait, cela va plus vite à la main.

Ici on voit bien les 2 types de terre, à droite c'est juste avant le mélange final, moment bien agréable !

Attention cependant ... car ce faisant, je me suis "offert" un lumbago carabiné en restant accroupi des heures durant !!!

J'ai procédé à un premier essai :

Le mélange était le suivant (dans l'ordre d'introduction) :

Ce qui m'a permis de couvrir environ 0,2 m2, avec une épaisseur d'un demi-cm environ.

Voici un détail :

La projection se fait à la main, et on étale ensuite à la taloche. C'est pas compliqué, c'est doux pour les mains (pas de chaux !)

Fin février 2007, grâce au copain François, connu sur les chantiers Tiez-Breiz en Ariège, on a remis ça !

J'ai d'abord dû ôter le carré de test... et bonne surprise ! ça n'a pas été facile du tout ! le mortier terre et chanvre adhère vraiment très bien à l'enduit chanvre, sans finition il est vrai, ça croche bien dedans !... De plus, j'ai pu vérifier que le mortier terre et chanvre de test ne présentait aucun faïençage !

François à la bétonnière : la soupe est servie !

(non justement, pas la soupe, mais une pâte bien grasse et onctueuse !)

Zoom dans la gueule de la bétonne : ça tourne lentement, pour permettre au mortier de retomber, lourdement, avant que d'être repris par les bras suivants ! Soit on rajoute de l'eau, soit on baisse la vitesse. Avec une bétonnière électrique, ça tourne trop vite, on est obligé de rajouter de l'eau, ça l'fait pas comme on dit !

Le mortier est bien dosé lorsqu'on a un paquet sur chaque branche de malaxage, qui retombent bien en cadence. Si on a trop d'eau, alors il suffit de rajouter une poignée de chaux aérienne.

Le mélange choisi ici était le suivant (dans l'ordre d'introduction) :

On a donc réduit la proportion de chanvre par rapport au carré de test.

Application du mortier : projection à la main ! la photo rend mal le mouvement, ici une "bouse" vient juste d'atterrir avec force sur le mur !

Ensuite, François étale les "bouses" à la taloche, il faut de la force et de la précision dans le geste... Remarquez comment la taloche est légèrement inclinée vers le haut, afin d'éviter d'emporter tout l'enduit dans le mouvement ! (et comme on dit : "la matière fait calle" !... bon d'accord c'est pas joli, c'est juste pour retenir la leçon !...)

On peut aussi avant de talocher, étaler fermement le mortier à la pointe de la truelle (une grande truelle, pas genre dinette, hein ?!)

On peut aussi bien sûr, étaler le mortier à la mano, mais tout aussi fermement, il faut absolument que le mortier rentre bien en contact étroit avec l'enduit support. C'est très agréable comme contact !

Nous avons ainsi couvert un pan de mur complet en une journée, à deux.

Depuis, quelques légères traces d'efflorescence sont apparues, vite enlevées à la main, comme dans l'image ci-dessous :

Ceci est un phénomène parfaitement normal, pas de panique !

Pas de trace de faïençage même s'il faut attendre que le mortier soit bien sec pour juger.

Ce mortier est carrément agréable, très adhésif, onctueux... me voici largement récompensé pour la peine mise pour trier la terre !!!

Merci beaucoup François !

La suite fin mai :

Nous avons repris le travail sur le mur opposé, mais n'avons pu terminer le pan de mur dans la journée... et toute la difficulté réside dans le raccord ! J'ai bien mouillé l'enduit terre de la veille et tapoté avec les doigts pour lui redonner un semblant de souplesse... Mais franchement, c'est à éviter, il vaut mieux s'organiser pour finir un pan de mur dans la journée ! Par exemple, en préparant le mortier la veille dans la bétonnière, et le laissant la nuit, ici, pas de risque de prise !

François applique le mortier. Depuis la dernière fois, la technique a changé : après la projection, on étale non pas à la taloche mais directement à la truelle. On peut ensuite talocher pour rattraper quelques ondulations, puis fignoler à la truelle.

Phase suivante : application d'un enduit sur le mur-pignon mitoyen, à la terre et au chanvre très fin, plus fin que celui utilisé jusqu'à présent.

Ici, on mesure l'écart de l'enduit par rapport aux plinthes, j'aurais manifestement dû utiliser une règle pour rectifier un peu mon enduit !... je vais donc devoir faire cela maintenant avec l'enduit terre, le même que celui utilisé précédemment...

Rectification en cours...

... et enfin, application de l'enduit de finition avec du chanvre nettement plus fin, ici on voit bien la différence.

Une semaine plus tard, les enduits ont bien séché, et donc ont éclairci. J'ai alors brossé ces enduits à la brosse chient-dent pour faire sauter les fibres trop saillantes ainsi que les quelques efflorescences qui ont pu apparaître ici ou là. Voici un assemblage panoramique :

Voir également cette page sur les enduits à la terre réalisés en 2011 dans un petit cabinet de toilette attenant.


La suite : un enduit très fin de finition :

l s'agit d'une barbotine composée en 3 tiers : terre (la même que celle des enduits), blanc de Meudon et chaux aérienne, plus un chouia de savon liquide pour faciliter l'étalement et un peu de lait pour la caséine (voir la page sur les badigeons). Le blanc de Meudon est une poudre calcaire blanche, inerte, très fine, qui fait office de "charge".

L'application et la finition se font à l'éponge humide à texture très fine et aux bords arrondis. Le mortier est très fin et remplit bien les interstices laissés par l'enduit terre et chanvre, on arrive à un degré de finition intéressant... même si l'application en fait n'est pas si aisée que cela (l'introduction d'un peu de savon liquide a quand même aidé).

Ne pas hésiter à bien remouiller le support avant. Le lissage est délicat, dans la mesure où des particules (petits cailloux, fibres de chanvre) roulent sous l'éponge et laissent des traces, il faut que ces particules dégagent, et du coup il faut combler le vide, étaler à nouveau... c'est pas si facile ! on peut mouiller l'éponge, et/ou aller chercher un fond de barbotine récupéré d'un seau de lavage (image ci-après, le seau de gauche est celui de lavage de l'éponge, celui de droite est la récupération de plusieurs fonds de seaux de lavage).

Cette barbotine de récupération peut aussi rentrer dans la composition d'une nouvelle gamatte de mortier, cela le rentra plus onctueux encore ! (le mortier à la chaux aérienne, d'une façon générale, a tout intérêt à rester "vieillir" sous un peu d'eau, cela parfait l'extinction de la chaux aérienne.)

En fait le "truc" est d'appliquer, grossièrement, puis laisser la prise démarrer, et enfin revenir dessus après pour fignoler.

Images d'un pan de mur sec à côté d'un mur pignon non encore badigeonné. La couleur est vraiment agréable, et l'apparence aussi, quelques fibres de chanvre affleurant par ci par là... à la fois rustique et raffiné !

L'inconvénient de cette finition est qu'elle a fichu en l'air l'excellente acoustique qu'il y avait avant !... la fine pellicule dure en surface réfléchit les sons, c'est flagrant. On ne peut pas tout avoir...

Image macro de cet enduit-badigeon :

L'enduit n'est pas parfait, on voit des endroits où il n'y a pas de "peinture", d'autres endroits où on devine une fibre de chanvre sous-jacente... mais l'image que vous voyez à l'écran est plus grande que la réalité !

Grosse bêtise que nous avons faite : nous avons mal protégé le plancher, malgré de nombreuses bâches et le voici tâché :

Mais le ponçage en est venu à bout ! (voir à la fin de la page sur la pose du plancher)

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