Pose d'un plancher sur dalle de chanvre


màj : 22/09/2008

Il s'agit de poser un beau plancher en châtaigner sur lambourdes, tout en assurant l'isolation phonique indispensable pour une chambre à coucher.

Le plancher existant est dans un état moyen, mais en creux (jusqu'à 5 cm au centre de la pièce). Le principe est de "couler" une dalle de chanvre et chaux, qui accueille les lambourdes. Un trait de niveau a été tracé au niveau à bulles tout autour de la pièce, avec le maximum de soin, mais parfois on arrive à des incohérences difficilement explicables... même en laissant le niveau se stabiliser! Il existe bien des niveaux laser à pas cher, mais je ne sais pas ce que cela vaut?

Les lambourdes de chaîne, de section 30x80 mm, sont posées sur un lit de chanvre, et sont espacées de 40 cm. Deux têtes de vis dépassent par dessous, en biais, pour assurer un semblant de solidarisation avec le mortier porteur. Leur utilité reste à démontrer... d'autant qu'elles peuvent s'avérer gênantes lors de la pose ultérieure du plancher par cloutage.

Le mortier est constitué de chanvre des Chanvrières de l'Aube. Pour 100 l de chanvre, 30 l de chaux hydraulique naturelle NHL-Z (le Z indique des éléments pouzolaniques, donc une hydraulicité élevée), et 40 l d'eau (spécifications du producteur du chanvre). Cette quantité d'eau me paraît à l'usage un peu élevée, ce qui rend difficile l'ajustement des lambourdes, car le support devient spongieux lorsqu'il y a trop d'eau. Le fait qu'un mortier paraisse plus ou moins mouillé dépend de la quantité d'eau bien sûr, mais aussi de la façon dont on mesure le volume du chanvre, car celui-ci peut être plus ou moins tassé. Il faut donc opérer de façon constante.

Un point délicat a été de fixer la hauteur, ou l'altitude finale. Le producteur de chanvre spécifie une épaisseur minimale de 7 cm (Chènevotte Habitat (Isochanvre) préconisent eux 6 à 8 cm) J'étais donc parti sur une épaisseur minimale de chanvre de 6 cm, à l'endroit le plus haut de la pièce. Puis je me suis aperçu que l'ensemble serait trop haut, et ai donc démonté ce que nous avions commencé de faire, pour descendre à 4 cm, après avoir relu quelques notes de stages... Démonter ce qui a été fait est toujours un peu traumatisant! Mais au bout du compte, on y gagne en rapidité d'exécution, et en matériaux... (à noter quand même qu'il n'y a pas eu de pertes, le chanvre enlevé est reparti dans la bétonnière, mais en le mélangeant en minorité avec du chanvre neuf.)

Quelques photos (cliquez sur les imagettes pour les agrandir) :


Sébastien, un bon copain, venu me donner le bon coup de main pour démarrer!


Il n'est pas aisé d'obtenir tout de niveau!

Justement, les mises à niveau des lambourdes sont le point délicat de l'affaire. On a fini par trouver une méthode (affinée par la suite comme on le verra) : le nu doit être plus haut de 1 à 2 cm que nécessaire, pas plus! Poser la lambourde dessus, s'agenouiller dessus en équilibre, genoux bien écartés, de façon à répartir tout le poids de son corps sur la lambourde, les genoux devant se trouver, en gros, aux tiers de la longueur. Ne pas basculer d'avant en arrière, donc s'appuyer légèrement d'une main sur la lambourde de devant pour garder l'équilibre. 

 

Puis taper, avec un bon marteau et à travers une pièce de bois (pas directement! mais on a mis du temps pour trouver ça... c'est pourtant tellement évident! et de surcroît bien plus efficace), sur la lambourde à droite et à gauche, sans oublier au milieu, en reportant le poids du corps du côté où l'on tape. Cela permet de bien répartir les efforts de réglage, et évite d'avoir un support instable car bombé par dessous...


Le fait de taper sur la lambourde l'enfonce, naturellement, des bourrelets latéraux apparaissent comme on le voit sur l'image ci-dessus. Une fois que la lambourde suivante est posée, on peut revenir sur la précédente pour vérifier les niveaux, ils ont pu remonter un peu! puis resserrer les bords et les bourrelets avec une truelle rigide, tout en étant juché dessus! important, sinon le risque est que la lambourde se relève!...


Un autre truc : sur une longueur donnée, si l'on a 3 lambourdes, faire l'abord les lambourdes extrêmes, puis la lambourde du milieu, que l'on cale simplement par rapport à ses voisines, sans plus se poser de question!

Avec une règle, vérifier régulièrement le niveau plus en avant, c'est-à-dire par rapport non pas à la lambourde devant vous, mais celles qui sont encore avant, histoire de vérifier que l'on n'est pas entrain de propager une erreur... Et cela finit par arriver...


La dalle consiste donc en une juxtaposition de "nus" (bandes parallèles de mortier) supportant les lambourdes. Entre deux lambourdes, il n'est pas obligatoire d'avoir un plan bien horizontal de chanvre, cela ne sert même pas beaucoup, sinon à consommer des matériaux un peu inutilement.



Malgré tous les soins apportés aux réglages, ceux-ci sont loin d'être parfaits! Déjà le tracé au mur ne l'est pas (je suis bien curieux de savoir ce que donnerait un niveau-laser à 2 balles...) Ensuite, les lambourdes sont parfois très légèrement arquées, ce qui ne facilite pas la tâche! Je sens que des mini-cales en carton Bristol seront nécessaires au moment de la pose du plancher!


Après avoir fini une moitié de la pièce, nous sommes passés sur le bord opposé, afin de laisser libre une bande centrale par laquelle nous finirons. Une grande règle nous permettra (voir plus loin) de vérifier que "ça se tient" par rapport à ce qui a été fait de l'autre côté, on sait jamais...

Au fil du temps, la technique s'affine un peu. Aussi, voici une proposition qui semble nous donner moins de mal pour le calage des lambourdes.


Le nu est formé, toujours à la pelle, mais sans tasser avec le dos de celle-ci, juste avec le tranchant. Avec le dos, on forme les deux plans inclinés. Si l'on a mis trop de chanvre, alors, plutôt que de cogner comme un sourd sur la lambourde pour la faire descendre, il vaut mieux l'enlever, et retasser le nu avec le tranchant de la pelle, comme le montre la vue ci-dessous :


Après la pose, le calage se fait comme décrit précédemment, avec une cale de bois. J'ai pu me rendre compte qu'il valait mieux taper au centre de la lambourde avec la cale, et accessoirement sur les côtés, mais en douceur, ce qui du coup ne nécessite plus de déplacer la cale! Enfin, une fois le calage obtenu, il est bon de "raffermir" le nu :


en serrant le mortier sur les côtés avec le tranchant de la truelle puis son dos, tout en étant bien en appui sur la lambourde.

Les deux parties de la dalle en viennent enfin à se rejoindre! Il est donc plus que temps de vérifier qu'elles vont bien se rejoindre sans qu'il y ait de "marche"...


Ouf c'est bon!

Pour finir, nous "reculons" en direction de la sortie ; un cabinet de toilette subit le même traitement, ainsi qu'un bout du couloir, le tout s'arrêtant sur une "marche", matérialisée par une simple planche lardée de vis pour faire corps avec la dalle :


Les cloisons qui étaient simplement posées sur une bande de "Faltex" sur le plancher d'origine, sont à présent bien prises dans la dalle.


La marche est ici masquée et surtout calée par deux parpaings de ciment, éléments parfois fort utiles dans une restauration!... (*)


Conclusions provisoires

Ce chantier était, on aura compris! pour moi une expérimentation, une de plus! Les gestes et méthodes se sont affinés, au fur et à mesure...

L'épaisseur moyenne est trop importante, car le point haut était "isolé" c'est-à-dire occupant une surface peu significative, et de plus situé dans un coin du cabinet de toilette attenant à la chambre, sur lequel il n'y aura aucune charge. Il aurait par conséquent été possible de gagner encore en épaisseur, donc en quantité de matériaux, en temps et... en peine!

Il est évident qu'un tracé au mur plus rigoureux nous aurait largement aidé. Les pierres au parement pas toujours régulier nous ont empêché d'effectuer un tracé régulier. Nous avions en permanence une incertitude sur ce tracé, ce qui rendait difficile un bon recalage bien régulier. Il aurait fallu au moins utiliser un fil traceur... De plus, pour la prochaine pièce, je regarderai avec attention ce qu'offrent les niveaux-laser grand public.


Pour la pose, j'ai trouvé sur le forum fr.rec.bricolage cette url : http://www.pgflooring.com/pages/documentation.asp puis rubrique "Installation" (plusieurs documents PDF sont disponibles), proposée par "mao". Merci à lui car ses conseils m'ont été bigrement utiles !

Opération la plus délicate : le tracé !

surtout lorsque rien n'est ni droit ni bien sûr d'équerre !...

Premier conseil : le faire avant de rentrer le plancher dans la pièce, car après, c'est impossible d'accéder là où c'est indispensable pour effectuer les repérages pour le tracé...

Stockage du plancher : quelques semaines, mais pas trop quand même, le bois peut finir par se vriller m'a-t-on rapporté...


Ici, l'air peut circuler entre chaque lame.

Le principe est de choisir une (bonne) référence. Simple en apparence, moins simple en réalité ! Pour cette pièce, je n'avais pas beaucoup de choix possibles. Après moultes mesures, relevés, tracés et réflexions, je me suis rabattu faute de mieux sur le montant de la porte d'entrée dans la pièce, le principe étant que le plancher devrait y "arriver" dessus pil-poil parallèle.

Voici le croquis suivant qui illustre ce cas de figure :


A partir du pas de la porte, j'ai tracé une droite de première référence, parallèle au pas de la porte, puis j'ai "projetté" cette droite sur le mur opposé, par une droite de "référence seconde", écartée du mur d'une dizaine de cm. C'est à partir de cette droite-référence-bis que j'ai appuyé ma règle et les premières lattes.

On voit par là que ce tracé peut être entâché d'erreurs, car la référence initiale, le pas de la porte, est bien restrainte par rapport à la largeur de la pièce. Mais bon...


Ici, on peut voir les marques des tracés de la "référence seconde" sur les lambourdes. On voit aussi tout le parti qu'on peut tirer des parpaings dans la réhabilitation d'une maison ancienne ! Ici, il sert d'appui efficace pour la règle, afin de la faire glisser. On aura intérêt à avoir la règle la plus longue possible, ici, c'est une de 3 m.

La première rangée doit être légèrement écartée du mur. J'ai dû rabotter certaines parties, car la ligne de pose n'est pas absolument parallèle au plan général du mur, car celui-ci, comme le suggère le croquis ci-dessus, est assez ondulant !... (il fallait choisir une référence, et ça n'était pas ce mur !)


Pose de la première rangée, où l'on peut voir que le bord du plancher a été rabotté pour suivre le mur.

Détails du cloutage de la première rangée :
J'ai prépercé les lattes de la première rangée pour bouger le moins possible au moment de la pose.

Les lattes sont rangées par ordre de longueur, car il faut pouvoir répartir de façon homogène les lattes.


Les problèmes constatés au fur et à mesure de l'avancement :

L'avancement au premier janvier 2006 :

L'aspirateur de chantier est indispensable pour aspirer les poussières de chanvre, de chaux, de bois, avant la pose des lattes, et ce afin de ne pas risquer que toutes ces poussières ne puissent passer dans la pièce lorsque les lattes auront séché et effectué leur retrait, et qu'on les respire ! Ca n'est pas parce que c'est naturel qu'il ne faut pas les éviter, on sait que la poussière de bois peut être nocive...

Début avril 2006, on quitte - enfin ! - la pièce pour passer dans le couloir :
Ici c'est le pas de la porte, les formes sont trop compliquées, j'ai dû découper un gabarit...

Détail : on voit la tête d'un clou vertical, car j'ai dû poser cette lame à plat verticalement, donc pour ce faire, la lèvre inférieure de l'assemblage a été enlevée (sinon la découpe aurait été beaucoup plus large pour permettre le mouvement de rotation nécessaire pour que les 2 lames s'assemblent de façon classique.)
1er mai : c'est la fête du Travail !...
ici c'est l'arrivée sur la marche... je le sentais bien venir, entre le bord de la lame et la plaque de pin qui ferme la dalle, ça n'est pas du tout parallèle, il y a un bon cm d'écart !
je décide de desceller de force la plaque de pin qui ferme la dalle (elle tenait grace à des vis prises dans le béton de chanvre), de façon à me laisser le champ libre pour la dernière (ou la première !) lame, qui du coup viendra recouvrir la plaque qui ferme la dalle. Ici on voit bien la dalle en coupe... Il me reste donc à retailler la plaque de pin puisqu'elle se glissera sous la lame de chataigner. J'ai utilisé du plâtre mélangé avec un peu de chanvre pour le scellement.
Pose des plinthes avec une scie angulaire... r.à.s... ça va assez vite, sauf pour les angles des ébrasements sous la fenêtre, un vrai casse-tête ! résolu simplement par approches successives. Il reste à les fixer, j'avais prévu des points scellements pour cela.

Une suggestion, que j'appliquerai peut-être sur un prochain chantier : poser la lambourde sur une bande de Phaltex, pour obtenir une meilleure isolation phonique ?...

La prochaine étape a été les enduits à la terre aux murs de cette même pièce.


Dernière étape, en août 2007, le ponçage, avec 2 machines louées :

La petite à gauche est faite pour aller en bordure. La grande est très facile à utiliser, mais il est très facile aussi de faire des bêtises, car on peut très aisément laisser des creux sur le plancher... Il faut de l'adresse et de l'expérience je crois, c'est une machine de pro, que je ne suis pas... J'ai dû finir avec la petite machine, n'ayant pas osé attaquer trop profond avec la grande. Toutes les différences de niveau entre lames de parquet ont été rattrapées, et les tâches ôtées.

Les plinthes ont été démontées, ce qui a permis de poncer plus près du mur.


Un collègue me signale ce bouquin de référence sur le sujet du parquet :

"Art et technique du Parquet"

de Franck Briatte

aux Éditions Vial


Le traitement du parquet :

1 couche d'appret et 2 couches d'huile dure.

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* : les parpaings de ciment sont en fait plutôt déconseillés en restauration. Pourquoi "parpaing de ciment"? parce que le mot "parpaing" désigne en fait une pierre qui va de part en part d'un mur, pour bien solidariser les 2 parements. Depuis, l'objet désigné n'est en général plus vraiment le même!...