Chambre :
les enduits

Page mise à jour le 25/12/2005

Juillet 2003 :

Sous une des fenêtres, la maçonnerie est très fine, de l'ordre de 25 cm. De plus l'appui de la fenêtre est irrégulier par l'arrière, il n'est donc pas possible d'enduire de façon classique. Il faut effectuer un coffrage rempli de béton de chanvre.

J'ai commencé à fixer une tablette de bois rouge sous le dormant de la fenêtre, à l'aide de 3 vis. Les tâches sombres que l'on peut voir, c'est de l'eau qui est passée, poussée par le vent ; quelques reprises à l'extérieur seront nécessaires.

La tablette prend également appui sur 3 chevrons, vissés avec des équerres métalliques à la tablette, mais simplement posés sur le plancher. Ceci afin de préserver une certaine souplesse, nécessaire à mes yeux, car une maison bouge, vit sa vie, mine de rien...

Une simple pointe les maintient en position, avant le coulage du béton de chanvre.

Démarrage : le béton de chanvre est coulé, enserrant les 3 pieds. Deux poteaux (ici on n'en voit qu'un), devant, sont là temporairement pour tenir les lames de lambris qui servent de coffrage. A la base, une simple cale de bois, qui sera enlevée au moment du décoffrage.

Voici le système : en haut, les 2 poteaux sont maintenus contre la tablette au moyen de 2 lanières élastiques de chambre à vélo, fixées à la fenêtre. Ces poteaux maintiennent le coffrage en place. Pour insérer une nouvelle lame de lambris, il suffit d'ôter un des élastiques et de glisser la lame, puis de refermer l'ensemble.

Le mortier est donc en léger retrait par rapport à l'aplomb de la tablette. Cela permettra d'appliquer un enduit de finition.

Décoffrage le lendemain matin (le liant du mortier est ici de la chaux hydraulique naturelle).

Il manque de la matière tout en haut sous la tablette, et l'ensemble n'est pas rempli uniformément (on distingue les "levées"). Cela n'est pas grave, car un enduit de finition sable et chaux (aérienne), sera appliqué par dessus.


Ensuite, arrive la phase des enduits, tant attendue!... On commence par le nettoyage du mur, en creusant les joints d'argile de la maçonnerie, en prévision de l'application de la première couche de l'enduit, celle du giclage. Très important : ce "sable" de l'ancien mortier est récupéré, et rentre dans la composition du mortier. Ce mortier est très riche en liant : 1 volume de liant pour 2,5 volumes de sable. Ces 2,5 volumes de sable sont en fait eux-mêmes un mélange de sable jaune lavé de carrière, du commerce, et du mortier ancien récupéré (ou autre sable récupéré). Pour plus de détails, voir la page "Comment obtenir un bon mortier".

Le trou en haut à gauche est un trou de boulin (cela servait autrefois à échafauder).

Après avoir abondamment et plusieurs fois, mouillé les joints en particulier, j'ai procédé à l'application de la première couche de l'enduit : le giclage, ou gobetis. Le mortier est appliqué avec force, dans les joints et les parties creuses. Le but est d'obtenir quelque chose de plan, et une surface d'accroche bien rugueuse pour le corps d'enduit. On racle avec le tranchant de la truelle ce qui dépasse. Ici, j'ai utilisé mon restant de NHL, pour des raisons d'économie, car sinon, les enduits se font entièrement à la chaux aérienne.

Où l'on voit que je n'ai pas recouvert les pierres, cela sera fait dès le lendemain, par une seconde passe. Les joints et les pierres en creux ont focalisé mon geste... En fait, cela faisait longtemps (depuis la salle de bains) que je n'avais pas fait d'enduits, et j'ai redécouvert cela, non sans un réel plaisir!

Le gobetis recouvre à présent les moellons. Remarquez au pied du mur, des bouts de bois qui dépassent : ce sont les pitons qui serviront à la fixation des plinthes. Ils sont scellés au plâtre, le bois lardé de clous à l'intérieur du scellement. Au premier plan à droite, c'est le parement de chanvre sous la fenêtre.

Ici, on voit un aspect de cette première couche, très rugueuse, laissant apparaître un bout de pierre saillante. On voit aussi une fibre de chanvre!... Les 2 couleurs d'enduits correspondent aux 2 passes, la première avec la chaux hydraulique naturelle, la seconde, toute fraîche, avec la chaux aérienne.


Ici, on commence à s'occuper de l'autre pan de mur, pignon mitoyen. Des traces d'enduit à la chaux hydraulique artificielle subsistent. Il reste à gratter et nettoyer les joints.

Sur ce mur-pignon, j'ai enlevé une dizaine de pitons métalliques, qui servaient, avant la construction de la partie que nous habitons (au début du XXème), à fixer des panneaux publicitaires pour le bar-épicerie qu'était l'autre partie de la maison.


La chaux et le métal ne font pas bon ménage, c'est pourquoi je les ai ôtés. Néanmoins, je ne vais pas les bazarder, car ils nous racontent à leur façon l'histoire de cette maison... Leur nombre indique déjà qu'il a dû en avoir des panneaux! Leur forme et leur volume ou masse serait un indice de la taille de ces panneaux, mais je réalise, trop tard! que j'aurais dû noter leurs positions respectives! Je n'avais pas conscience qu'il y en avait autant...

Sur ce mur-pignon, le corps d'enduit sera classique, sable et chaux ; le chanvre est aussi inutile que coûteux dans ce cas.


Théoriquement, un giclage se fait à partir du haut... pour éviter les projections en dessous, bon j'ai fait l'inverse, sans trop d'inconvénient!


Après avoir fini le giclage sur le mur-pignon, je retourne sous la fenêtre pour l'enduit de finition :

Pour commencer, ayant oublié la cale de fixation de plinthes, j'ai simplement vissé 3 vis dans la structure en bois sous jacente. Les têtes affleurent au niveau de l'enduit fini, c'est à dire à l'aplomb du bord de la tablette au dessus (niveau à bulle de la photo). Ces vis seront enlevées une fois l'enduit terminé.

Passage de l'enduit de finition, dont la composition est 3 volumes de sable, 1 volume d'argile, 1 volume de chaux aérienne. On projette à la truelle, puis on passe la taloche de bas en haut, en un mouvement énergique et oscillant, le bord supérieur légèrement écarté.

Après cette couche déjà dite "de finition", j'ai repassé une dernière couche à base de sable tamisé fin, pour bien boucher les interstices, et gommer les différences de planéité...
A gauche, j'ai passé l'éponge pour que la texture du mortier apparaisse, mais pas encore à droite. Je ne sais pas si je fais bien, car je pense badigeonner, au bout du compte!
En bas à gauche, là où était la vis, j'ai creusé le mortier jusqu'au poteau de bois, en vue de la fixation de la plinthe.

Puis j'ai créé une sorte de lambourde en mortier, car à cet endroit, on s'appuiera pour aller fermer les volets. J'ai quand même laissé un jeu, car j'ai (plus que) des doutes sur la planéité du système de lambourdes existant!...


Sur les murs exposés (Ouest et Est), l'enduit sera assez épais, de l'ordre de 4 cm. Le corps d'enduit sera fait en 2 sous-couches :

L'enduit de finition sera fait à la terre, car nous n'aimons guère l'aspect du chanvre brut.


Passage à la première couche du corps d'enduit : le mortier est composé pour moitié de sable (+ argile) et chaux, et pour moitié de chanvre et chaux, avec un tiers de liant. C'est un mortier "bartard" si l'on peut dire, mais que j'aime utiliser...

L'enduit est appliqué à la truelle, plaqué énergiquement à la taloche (+ mouvement vibratoire), mais brossé pour recréer des rugosités d'accroche pour la seconde couche, ouvrir les pores. On essaie de rattraper les mouvements du mur, tant pis s'il en reste des traces, ça aura son charme!

  Détail.

L'enduit se prépare à recouvrir (en partie seulement) le linteau de chêne.
Le chanvre et la chaux sont complètement compatibles avec le bois.

Mai 2004 :

application de la seconde couche d'enduit, chanvre et chaux.

3131.jpg (53172 octets)Le mortier se compose de 3 volumes de chanvre, 1 volume de chaux aérienne éteinte et 1,5 volume d'eau.

Problème rencontré : le mortier ne colle pas du tout, c'en est une galère... Après réflexion, je pense que l'origine est l'ancienneté des sacs de chaux (au moins 2 ans et demi d'après mes factures, mais aucune date n'est inscrite dessus), associée à l'endroit de stockage particulièrement venté et humide. La chaux a donc carbonaté toute seule! Elle conviendra néanmoins pour des mortiers de limousinerie (maçonnerie tradi à l'ancienne).

"Chaux carbonatée, chaux bonne à jeter !" comme dit mon copain Olivier,
vrai pour les enduits, mais pas pour la maçonnerie par exemple.

Solution : utilisation de chaux vive éteinte, que l'on peut stocker indéfiniment à la condition qu'il y ait toujours de l'eau par dessus. Voir la page sur les mortiers. Cette chaux est très "grasse", et donne des mortiers particulièrement agréables à travailler!

Novembre 2004 :

Retour sur le mur-pignon, avec un enduit sable et chaux, avec la chaux éteinte depuis le mois d'août. J'ai même utilisé un reste de mortier sable-chanvre-chaux du mois d'août! parfaitement conservé dans un grand bac avec de l'eau dessus. La chaux avait donc eu le temps de s'éteindre parfaitement, et le mortier a été très agréable à projeter, comme jamais! :

ici encore, j'ai commencé par le bas :

mais ensuite, convaincu de la qualité du mortier, j'ai opéré de haut en bas :

En haut à gauche, on devine le linteau, protégé par du papier adhésif de peintre.
Le mélange utilisé était : 4 vol de sable, une poignée de chanvre par 10 l de sable, 1 vol de chaux grasse. Le chanvre "arme" le mortier, qui se tient très bien. Cela autorise des épaisseurs plus importantes (2 cm sans problème).
Détail du mortier, on y aperçoit quelques fibres de chanvre :


Je n'ai pas utilisé d'argile pour teinter le mortier, cela sera réservé à la dernière couche de finition, avec sable tamisé. Nul doute que l'adjonction d'argile rendra le mortier encore plus onctueux!

Printemps 2005 :

Enduits chanvre et chaux grasse sur les murs donnant sur l'extérieur. On a eu un peu de mal à trouver le bon dosage chanvre-liant-eau, et je me suis arrêté à celui-ci :
3 vol de chanvre, 2 vol de chaux grasse et 0,7 vol d'eau.
Ce qui change en apparence des 30 l de liant pour 100 l de chanvre, et en gros autant d'eau que de liant ; l'explication est (probablement) que la chaux grasse que j'ai est assez liquide. Voir la page sur les mortiers.

Olivier à l'oeuvre !
Un conseil : bien protéger ses boiseries... sinon bonjour la galère à nettoyer tout ça après !!!

Les ouvrants sont déposés, une bâche plastique est appliquée avec du scotch large, lequel recouvre aussi le reste.

Et voilà le travail terminé ! 2 couches de 2 cm d'épaisseur chacune. Quelle métamorphose !...
Étape suivante (2005-2006) : le plancher...
Enfin, les enduits de finition à la terre...

Retour Chambre

Retour Accueil